Le 03/03/08 à 15:36, Diep a écrit :
Attention, cet article est contagieux !
On vous aura pourtant prévenu. Maintenant si vous continuez à lire, vous risquez d’être contaminé à votre tour par la mémétique…
Rassurez-vous, vous ne serez infecté que par une idée, une théorie que certains considèrent déjà comme une science. Mais en l’attrapant, vous deviendrez contagieux à votre tour en propageant ce que les méméticiens appellent le « mème des mèmes », M2 pour les intimes.
Qu’est-ce que la mémétique ? La science des mèmes. Un mème ? Ce drôle de mot a été forgé par le néo-darwinien Richard Dawkins. Dans son livre de référence « Le Gène égoïste » (1), ce biologiste britannique explique que ce ne sont pas les êtres vivants qui cherchent à transmettre leurs gènes, mais les gènes qui ont besoin de nous pour se reproduire… et nous survivre. Nous ne serions que des « entrepôts » à ADN.
Les mèmes, des gènes de la culture
Dur pour notre ego… Mais le néo-darwinien va plus loin. Il a l’intuition que ces gènes ont un équivalent culturel. Les idées et les comportements aussi se répliquent et se propagent par mimétisme.
Il crée ainsi le mot « meme » (sans accent en anglais, il en prend un dans sa traduction française : « mème »), contraction de mime et de gène et qui renvoie dans l’esprit de son créateur au mot français « même ».
Cette théorie, publiée dès 1976, c’est le fameux « mème des mèmes ». Car la mémétique est aussi un mème qui cherche à se reproduire. Et, avec cet article, je lui facilite la tâche en propageant le credo des méméticiens : les mèmes sont à la culture ce que les gènes sont à la nature. Les mèmes seraient aussi égoïstes que les gènes.
Les règles, les comportements et les concepts entrent en nous à notre corps défendant pour se diffuser et se reproduire. Ce n’est pas le penseur qui choisit la pensée, mais la pensée qui élit le penseur. Et le méméticien passe sa vie à se poser des questions.
Le monde en questions
Pourquoi le sudoku devient-il un passe-temps planétaire en quelques mois ? Qui nous fait croire que Ségolène est subitement présidentiable ? Pourquoi des barbus ont-ils envie d’égorger des types qui dessinent un autre barbu ? Comment expliquer le succès du BlackBerry ? Les mèmes, encore les mèmes, toujours les mèmes !
La fréquentation assidue de la mémétique peut certes développer une vision paranoïaque du monde. Elle permet aussi de regarder chaque idée, chaque comportement, chaque slogan avec un décodeur. On voit le monde comme dans « Matrix », avec des formules mathématiques derrière les choses et les hommes.
Vous voulez vous initier ? Il y a (enfin) de la lecture en français ! Sous un titre bizarre, « Comment les systèmes pondent » (2), Pascal Jouxtel (photo), conseil en organisation dans le civil, raconte l’histoire de cette nouvelle « science » et la manière dont les mèmes « pondent » dans notre cerveau.
Ce drôle de livre avec un drôle de titre vous rend tout drôle quand vous l’avez refermé. Cet ouvrage brillant et troublant va contribuer à diffuser cette discipline qui attire des informaticiens, des philosophes, des sémiologues, des astrophysiciens, des marketeurs…et des fabricants de photocopieurs !
Les anthropologues et les psys sont plus circonspects. La mémétique empiète sur leur pré carré. Il n’y a pas encore de chaire de mémétique au Collège de France, mais elle inspire déjà nos Académiciens. Dans son nouveau livre, « Récits d’humanisme » (3), Michel Serres propose même avec sa prose inimitable de rebaptiser le mème du doux nom d’« idème » : « Mot bien formé sur idée, certes, mais aussi sur la désinence de théorème ou de phonème ; de plus, par sa parenté avec l’idem latin, elle fait voir l’étrange dynamisme de réplication qui fait tout le secret de sa propagation. »
Du temps de cerveau disponible
Bref, quel que soit le nom qu’on lui donnera, 2006 promet d’être l’année de la mémétique en France. Jusqu’alors, nous n’avions à nous mettre sous la dent que « Le principe de Lucifer » (4), deux tomes décapants du new-yorkais Howard Bloom, dont la théorie de la guerre des superorganismes préfigure parfaitement ce qui se passe sur notre planète depuis le 11 septembre.
Après le livre de Jouxtel et l’incursion de Serres dans ce domaine, ce mois-ci paraît également le « classique » de la méméticienne britannique Susan Blackmore, « The Meme Machine ». Pauvrement traduit par le titre « La Théorie des mèmes » (5), ce livre postule que le propre de l’homme, c’est le mème dont l’existence influence aussi le volume de notre cerveau.
Trente ans après la publication du livre de Dawkins, la rhétorique des méméticiens commence donc à nous imprégner. Quand Patrick Le Lay raconte qu’il vend du temps de cerveau à Coca-Cola, il explique un principe mémétique : les mèmes se battent pour occuper notre « bande passante ».
Quand les publicitaires parlent de l’ADN d’une marque, ils ne croient pas si bien dire. Quand les informaticiens créent le marketing viral, ils appliquent à la lettre un postulat mémétique : la propagation de l’émotion précède la réflexion.
C’est grave docteur ? Des alter- mondialistes sont persuadés que la mémétique est une arme de destruction massive… qu’il faut maîtriser pour décrypter ce qu’on veut nous faire avaler.
Pascal Jouxtel est très clair : « On ne sera pas étonné que dans un proche avenir la mémétique entraîne dans son sillage de très nombreux praticiens dans les secteurs du conseil en management, de la communication et du marketing, bien avant que l’université ne lève une paupière. »
Même s’il s’en désole, Jouxtel a sûrement raison. On pourrait bientôt trouver plus de méméticiens dans les entreprises que sur les campus.
Et les mèmes, avec les mobiletags, trouvent dans « Newzy » un nouveau propagateur...
en savoir plus : www.memetique.org/
Le 04/03/08 à 10:37, Claude a écrit :
Cette "mémétique" ne semble en rien révolutionnaire. Depuis longtemps, même les psychologues attribuent au comportement humain des causes, ou des motifs, ou des finalités qui le dépassent : survie de l'espèce, amélioration de l'espèce, reproduction de l'espèce.
Ceux qui ont étudié la psychologie, l'anthropologie, et plus récemment la neurobiologie savent que derrière des explication individuelles liées au désir, au plaisir ou à la faim par exemple, se cachent des pulsions non pas individuelles mais de l'espèce ayant pour origine des mécanisme tout simplement électro chimiques, physiologiques.
Même la pensée se réduit de plus en plus à des réactions chimiques de nécessité ! Même les biologistes chrétiens ont interprété la vie de l'homme comme étant au service de la Vie tout court, système qui se développe partout où il le peut en empruntant des voies détournées, voies que l'individu s'approprie comme si c'était son choix personnel ("Des fourmis et des hommes" de R.Chauvin).
Que ce soit l'espèce qui détermine l'homme, sa reproduction, son instinct de survie, ou tout simplement ses gènes, on est donc toujours dans le même paradigme et la mémétique est un faux scoop, une fausse nouveauté. Il fallait s'attendre à une telle résurgence d'ailleurs, à l'ère du tout génétique.
C'est en quelque sorte une nouvelle paraphrase de la survie de l'espèce, réactualisée des découvertes de la génétique. mais il n'y a strictement rien de nouveau par rapport à ce que disait Pascal Monod dans les années 70 : l'homme, au niveau de chaque individu, serait déterminé à 70% (si ma mémoire est bonne), seul 30% serait du libre arbitre, de l'inidividuel pur... La psychologie a pour champ d'application ces 30%, cela a toujours été le cas, et ce sera toujours le cas. Pour les 70% restants, les jeux sont ouverts mais on tourne toujours autour des mêmes finalités...
Quand au "mimétisme", il y a longtemps qu'il est considéré comme l'un des piliers de l'apprentissage de l'enfant. Il faut lire Piaget ou Wallon ("La psychologie de l'enfant") pour découvrir que ce concept a déjà de nombreuses décennies derrière lui !
Ce qui est quand même navrant, c'est la propention des journalistes à enjoliver le moindre sigle, la moindre trouvaille scientifique comme si c'était LA découverte déterminante. Et ce qui est encore plus navrant, c'est la propention du grand public non scientifique à se jeter dessus tels des Diaforus et à s'approprier des appelations, des sigles sans les comprendre juste par curiosité ou pour les intégrer dans leur attirail scientifique, statut de "scientiste" autoproclamé souvent oblige...
Le 07/03/08 à 01:42, Bertrand a écrit :
Bien vu Claude, tu mérites de passer au niveau claude1...
.
Bien des concepts philosophiques ne sont en effet que des points de vue et des éclairages différents d'une mème réalité. Les recycleurs ont cette faculté très humaine de redécouvrir des concepts au hasard de nouveaux mots et de nouvelles modes.
N'oublions quand même pas que Dawkins est un scientifique provocateur souvent décrié par ses pairs pour ses positions extrémistes ; Les scientifiques "people" le sont souvent pour les aspects de leurs théories les moins réfutables, donc les moins scientifiques, mais les plus journalistiques...
Les concepts actuels de l'évolution nous indiquent que le gène est par nature "égoïste", il ne serait pas "gène" sinon, sans capacité de reproduction il n'existerait pas et sans "égoïsme" le Darwinisme s'effondrerait.
Le détournement des mots, les dérives du langage et l'anthropocentrisme naturel du grand public permettent le développement de théories comme celle du "gène égoïste". La voiture n'utilise pas ses roues pas plus que les roues n'exploitent une carrosserie. Une voiture sans roue n'est pas une voiture, et une roue sans voiture n'est qu'un polluant caoutchouteux, un point c'est tout.
Un gène n'exploite rien, la notion d'exploitation ou d'utilisation exprimée par Dawkins à propos des gènes devrait être strictement réservée à certaines fonctions du cerveau en lien avec le "libre arbitre". Ni le corps humain, ni le cerveau lui-même n'utilisent en rien les gènes, les gènes font partie d'un ensemble biologique dont émerge la propriété de reproduction, propriété que les théories de l'évolution formalisent aujourd'hui.
Un gène n'a pas de "signification" en dehors de son contexte, la meilleure preuve est que le résultat de la traduction d'un gène dépend fortement de l'environnement cellulaire, la cellule est donc tout à fait capable de réguler la fonction d'un gène.
Le neutralisme est une théorie génétique qui met à mal ce concept de gène omnipotent puisqu'il nous apprend qu'un grand nombre de mutations sont sans incidence aucune. Ce silence des gènes est bien peu conforme à l'individualité antropomorphique que Dawkins leur attribue dans la version iconoclaste de sa théorie.
D'ailleurs les séquences d'ADN "inutiles" s'accumulent dans les gènes, résidus d'égoïstes passés à la trappe de la régulation cellulaire et dont la fonction se voit complètement dévoyée puisque leur rôle devient "environnemental" et n'a plus rien à voir avec celui de mémoire protéîque qu'ils jouent ordinairement.
.
La mémétique est un point de vue d'autant plus juste qu'il est fort peu réfutable, un peu comme la psychanalyse. D'ailleurs le "Darwinisme" en général est plus un cadre conceptuel qu'une théorie formelle capable de prédictions. Aucune théorie de l'évolution ne permet de prédire ce que deviendra un organisme ! Tout au plus ce qu'il ne sera probablement pas...
De la même façon, les applications pseudo-mathématiques de la mémétique qui visent à modéliser des comportements sociaux tiennent plus de l'esbrouffe, voire de la fumisterie, que de réels outils de prévision.
Bien que peu prédictif, le Darwinisme a néanmoins permis d'invalider toutes les théories basées sur le créationnisme, quelqu'un connait-il l'équivalent pour la mémétique ?
Remplacer le mot "mème" par le mot "idée" dans n'importe quel texte de mémétique ne changera pas grand-chose à celui-ci mais fera un peu moins "actuel" (pour ne pas dire pédant), quoique mémétique sonne mieux qu'idéotique...
Mais après tout, dans un monde de libre concurrence le mème a les mêmes droits. La mémétique ne serait-elle pas le concept libéral par excellence ?
.
Les neurobiologistes développent atuellement la notion de "corrélat neuronal" pour représenter la matérialisation physiologique du monde de l'esprit. Qu'esprit et matière soient étroitement intriqués n'a rien d'anormal, la matière est support, l'esprit émerge, sans matière pas d'esprit en notre bas monde. Toutefois si la pensée est "biochimique", ce n'est certes pas une réduction, ça n'enlève rien à sa valeur.
En bon méméticien je dirai d'ailleurs que le neurone est mème, sa croissance s'analyse suivant des concepts évolutionnistes.
Les avancées technologiques des instruments d'analyse comme la TEP, la RMN, les scanners de tous poils, permettent aujourd'hui d'étudier toujours plus finement ces corrélats neuronaux dans des situations psychologiquement sophistiquées. Il ne fait plus de doute que le cerveau-matière est le siège de la pensée-esprit ! Vive les grosses machines...
Attention, cet article est contagieux !
On vous aura pourtant prévenu. Maintenant si vous continuez à lire, vous risquez d’être contaminé à votre tour par la mémétique…
Rassurez-vous, vous ne serez infecté que par une idée, une théorie que certains considèrent déjà comme une science. Mais en l’attrapant, vous deviendrez contagieux à votre tour en propageant ce que les méméticiens appellent le « mème des mèmes », M2 pour les intimes.
Qu’est-ce que la mémétique ? La science des mèmes. Un mème ? Ce drôle de mot a été forgé par le néo-darwinien Richard Dawkins. Dans son livre de référence « Le Gène égoïste » (1), ce biologiste britannique explique que ce ne sont pas les êtres vivants qui cherchent à transmettre leurs gènes, mais les gènes qui ont besoin de nous pour se reproduire… et nous survivre. Nous ne serions que des « entrepôts » à ADN.
Les mèmes, des gènes de la culture
Dur pour notre ego… Mais le néo-darwinien va plus loin. Il a l’intuition que ces gènes ont un équivalent culturel. Les idées et les comportements aussi se répliquent et se propagent par mimétisme.
Il crée ainsi le mot « meme » (sans accent en anglais, il en prend un dans sa traduction française : « mème »), contraction de mime et de gène et qui renvoie dans l’esprit de son créateur au mot français « même ».
Cette théorie, publiée dès 1976, c’est le fameux « mème des mèmes ». Car la mémétique est aussi un mème qui cherche à se reproduire. Et, avec cet article, je lui facilite la tâche en propageant le credo des méméticiens : les mèmes sont à la culture ce que les gènes sont à la nature. Les mèmes seraient aussi égoïstes que les gènes.
Les règles, les comportements et les concepts entrent en nous à notre corps défendant pour se diffuser et se reproduire. Ce n’est pas le penseur qui choisit la pensée, mais la pensée qui élit le penseur. Et le méméticien passe sa vie à se poser des questions.
Le monde en questions
Pourquoi le sudoku devient-il un passe-temps planétaire en quelques mois ? Qui nous fait croire que Ségolène est subitement présidentiable ? Pourquoi des barbus ont-ils envie d’égorger des types qui dessinent un autre barbu ? Comment expliquer le succès du BlackBerry ? Les mèmes, encore les mèmes, toujours les mèmes !
La fréquentation assidue de la mémétique peut certes développer une vision paranoïaque du monde. Elle permet aussi de regarder chaque idée, chaque comportement, chaque slogan avec un décodeur. On voit le monde comme dans « Matrix », avec des formules mathématiques derrière les choses et les hommes.
Vous voulez vous initier ? Il y a (enfin) de la lecture en français ! Sous un titre bizarre, « Comment les systèmes pondent » (2), Pascal Jouxtel (photo), conseil en organisation dans le civil, raconte l’histoire de cette nouvelle « science » et la manière dont les mèmes « pondent » dans notre cerveau.
Ce drôle de livre avec un drôle de titre vous rend tout drôle quand vous l’avez refermé. Cet ouvrage brillant et troublant va contribuer à diffuser cette discipline qui attire des informaticiens, des philosophes, des sémiologues, des astrophysiciens, des marketeurs…et des fabricants de photocopieurs !
Les anthropologues et les psys sont plus circonspects. La mémétique empiète sur leur pré carré. Il n’y a pas encore de chaire de mémétique au Collège de France, mais elle inspire déjà nos Académiciens. Dans son nouveau livre, « Récits d’humanisme » (3), Michel Serres propose même avec sa prose inimitable de rebaptiser le mème du doux nom d’« idème » : « Mot bien formé sur idée, certes, mais aussi sur la désinence de théorème ou de phonème ; de plus, par sa parenté avec l’idem latin, elle fait voir l’étrange dynamisme de réplication qui fait tout le secret de sa propagation. »
Du temps de cerveau disponible
Bref, quel que soit le nom qu’on lui donnera, 2006 promet d’être l’année de la mémétique en France. Jusqu’alors, nous n’avions à nous mettre sous la dent que « Le principe de Lucifer » (4), deux tomes décapants du new-yorkais Howard Bloom, dont la théorie de la guerre des superorganismes préfigure parfaitement ce qui se passe sur notre planète depuis le 11 septembre.
Après le livre de Jouxtel et l’incursion de Serres dans ce domaine, ce mois-ci paraît également le « classique » de la méméticienne britannique Susan Blackmore, « The Meme Machine ». Pauvrement traduit par le titre « La Théorie des mèmes » (5), ce livre postule que le propre de l’homme, c’est le mème dont l’existence influence aussi le volume de notre cerveau.
Trente ans après la publication du livre de Dawkins, la rhétorique des méméticiens commence donc à nous imprégner. Quand Patrick Le Lay raconte qu’il vend du temps de cerveau à Coca-Cola, il explique un principe mémétique : les mèmes se battent pour occuper notre « bande passante ».
Quand les publicitaires parlent de l’ADN d’une marque, ils ne croient pas si bien dire. Quand les informaticiens créent le marketing viral, ils appliquent à la lettre un postulat mémétique : la propagation de l’émotion précède la réflexion.
C’est grave docteur ? Des alter- mondialistes sont persuadés que la mémétique est une arme de destruction massive… qu’il faut maîtriser pour décrypter ce qu’on veut nous faire avaler.
Pascal Jouxtel est très clair : « On ne sera pas étonné que dans un proche avenir la mémétique entraîne dans son sillage de très nombreux praticiens dans les secteurs du conseil en management, de la communication et du marketing, bien avant que l’université ne lève une paupière. »
Même s’il s’en désole, Jouxtel a sûrement raison. On pourrait bientôt trouver plus de méméticiens dans les entreprises que sur les campus.
Et les mèmes, avec les mobiletags, trouvent dans « Newzy » un nouveau propagateur...
en savoir plus : www.memetique.org/
Le 04/03/08 à 10:37, Claude a écrit :
Cette "mémétique" ne semble en rien révolutionnaire. Depuis longtemps, même les psychologues attribuent au comportement humain des causes, ou des motifs, ou des finalités qui le dépassent : survie de l'espèce, amélioration de l'espèce, reproduction de l'espèce.
Ceux qui ont étudié la psychologie, l'anthropologie, et plus récemment la neurobiologie savent que derrière des explication individuelles liées au désir, au plaisir ou à la faim par exemple, se cachent des pulsions non pas individuelles mais de l'espèce ayant pour origine des mécanisme tout simplement électro chimiques, physiologiques.
Même la pensée se réduit de plus en plus à des réactions chimiques de nécessité ! Même les biologistes chrétiens ont interprété la vie de l'homme comme étant au service de la Vie tout court, système qui se développe partout où il le peut en empruntant des voies détournées, voies que l'individu s'approprie comme si c'était son choix personnel ("Des fourmis et des hommes" de R.Chauvin).
Que ce soit l'espèce qui détermine l'homme, sa reproduction, son instinct de survie, ou tout simplement ses gènes, on est donc toujours dans le même paradigme et la mémétique est un faux scoop, une fausse nouveauté. Il fallait s'attendre à une telle résurgence d'ailleurs, à l'ère du tout génétique.
C'est en quelque sorte une nouvelle paraphrase de la survie de l'espèce, réactualisée des découvertes de la génétique. mais il n'y a strictement rien de nouveau par rapport à ce que disait Pascal Monod dans les années 70 : l'homme, au niveau de chaque individu, serait déterminé à 70% (si ma mémoire est bonne), seul 30% serait du libre arbitre, de l'inidividuel pur... La psychologie a pour champ d'application ces 30%, cela a toujours été le cas, et ce sera toujours le cas. Pour les 70% restants, les jeux sont ouverts mais on tourne toujours autour des mêmes finalités...
Quand au "mimétisme", il y a longtemps qu'il est considéré comme l'un des piliers de l'apprentissage de l'enfant. Il faut lire Piaget ou Wallon ("La psychologie de l'enfant") pour découvrir que ce concept a déjà de nombreuses décennies derrière lui !
Ce qui est quand même navrant, c'est la propention des journalistes à enjoliver le moindre sigle, la moindre trouvaille scientifique comme si c'était LA découverte déterminante. Et ce qui est encore plus navrant, c'est la propention du grand public non scientifique à se jeter dessus tels des Diaforus et à s'approprier des appelations, des sigles sans les comprendre juste par curiosité ou pour les intégrer dans leur attirail scientifique, statut de "scientiste" autoproclamé souvent oblige...
Le 07/03/08 à 01:42, Bertrand a écrit :
Bien vu Claude, tu mérites de passer au niveau claude1...
.
Bien des concepts philosophiques ne sont en effet que des points de vue et des éclairages différents d'une mème réalité. Les recycleurs ont cette faculté très humaine de redécouvrir des concepts au hasard de nouveaux mots et de nouvelles modes.
N'oublions quand même pas que Dawkins est un scientifique provocateur souvent décrié par ses pairs pour ses positions extrémistes ; Les scientifiques "people" le sont souvent pour les aspects de leurs théories les moins réfutables, donc les moins scientifiques, mais les plus journalistiques...
Les concepts actuels de l'évolution nous indiquent que le gène est par nature "égoïste", il ne serait pas "gène" sinon, sans capacité de reproduction il n'existerait pas et sans "égoïsme" le Darwinisme s'effondrerait.
Le détournement des mots, les dérives du langage et l'anthropocentrisme naturel du grand public permettent le développement de théories comme celle du "gène égoïste". La voiture n'utilise pas ses roues pas plus que les roues n'exploitent une carrosserie. Une voiture sans roue n'est pas une voiture, et une roue sans voiture n'est qu'un polluant caoutchouteux, un point c'est tout.
Un gène n'exploite rien, la notion d'exploitation ou d'utilisation exprimée par Dawkins à propos des gènes devrait être strictement réservée à certaines fonctions du cerveau en lien avec le "libre arbitre". Ni le corps humain, ni le cerveau lui-même n'utilisent en rien les gènes, les gènes font partie d'un ensemble biologique dont émerge la propriété de reproduction, propriété que les théories de l'évolution formalisent aujourd'hui.
Un gène n'a pas de "signification" en dehors de son contexte, la meilleure preuve est que le résultat de la traduction d'un gène dépend fortement de l'environnement cellulaire, la cellule est donc tout à fait capable de réguler la fonction d'un gène.
Le neutralisme est une théorie génétique qui met à mal ce concept de gène omnipotent puisqu'il nous apprend qu'un grand nombre de mutations sont sans incidence aucune. Ce silence des gènes est bien peu conforme à l'individualité antropomorphique que Dawkins leur attribue dans la version iconoclaste de sa théorie.
D'ailleurs les séquences d'ADN "inutiles" s'accumulent dans les gènes, résidus d'égoïstes passés à la trappe de la régulation cellulaire et dont la fonction se voit complètement dévoyée puisque leur rôle devient "environnemental" et n'a plus rien à voir avec celui de mémoire protéîque qu'ils jouent ordinairement.
.
La mémétique est un point de vue d'autant plus juste qu'il est fort peu réfutable, un peu comme la psychanalyse. D'ailleurs le "Darwinisme" en général est plus un cadre conceptuel qu'une théorie formelle capable de prédictions. Aucune théorie de l'évolution ne permet de prédire ce que deviendra un organisme ! Tout au plus ce qu'il ne sera probablement pas...
De la même façon, les applications pseudo-mathématiques de la mémétique qui visent à modéliser des comportements sociaux tiennent plus de l'esbrouffe, voire de la fumisterie, que de réels outils de prévision.
Bien que peu prédictif, le Darwinisme a néanmoins permis d'invalider toutes les théories basées sur le créationnisme, quelqu'un connait-il l'équivalent pour la mémétique ?
Remplacer le mot "mème" par le mot "idée" dans n'importe quel texte de mémétique ne changera pas grand-chose à celui-ci mais fera un peu moins "actuel" (pour ne pas dire pédant), quoique mémétique sonne mieux qu'idéotique...
Mais après tout, dans un monde de libre concurrence le mème a les mêmes droits. La mémétique ne serait-elle pas le concept libéral par excellence ?
.
Les neurobiologistes développent atuellement la notion de "corrélat neuronal" pour représenter la matérialisation physiologique du monde de l'esprit. Qu'esprit et matière soient étroitement intriqués n'a rien d'anormal, la matière est support, l'esprit émerge, sans matière pas d'esprit en notre bas monde. Toutefois si la pensée est "biochimique", ce n'est certes pas une réduction, ça n'enlève rien à sa valeur.
En bon méméticien je dirai d'ailleurs que le neurone est mème, sa croissance s'analyse suivant des concepts évolutionnistes.
Les avancées technologiques des instruments d'analyse comme la TEP, la RMN, les scanners de tous poils, permettent aujourd'hui d'étudier toujours plus finement ces corrélats neuronaux dans des situations psychologiquement sophistiquées. Il ne fait plus de doute que le cerveau-matière est le siège de la pensée-esprit ! Vive les grosses machines...
Et pour finir je reviendrai sur la notion de pulsion individuelle ou d'espèce ; L'esprit est par essence individuel, ses pulsions lui sont personnelles, son libre-arbitre lui appartient et sa conscience n'est pas partagée. Que les "pulsions" obéissent au même modèle d'un individu à un autre et soient dites ainsi "de l'espèce" ne change rien à leur individualité, le Nous et le Vous n'empêchent pas le Je, la foule n'empêche pas la "solitude".
Nous ne sommes pas des particules élémentaires, seules indicernables...
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