Quand chat nous tiens...

samedi 14 juillet 2007

Chat Percho 7 - Du Principe Anthropique

Une chronique méridienne :

Prélim. :

Je ne peux m’empêcher d’apporter quelques remarques au dernier texte proposé par Alain. Après tout, à défaut d’être un lieu de vérité absolue, le Chat reste un lieu d’expression libre. Comme toujours ce sont MES remarques, MON point de vue sur la « réalité » de ce bas monde.

Je doute donc je suis :

Le scientifique a une telle expérience du doute qu’il met tout en œuvre pour lever ce doute, du moins dans l’étroit domaine de la science qui le concerne, le reste, pour lui, c’est de la philo… Philosophiquement, psychologiquement, scientifiquement parlant, chez les personnes qui ont un minimum d’intérêt pour le monde qui les entoure et ses mécanismes intimes, le questionnement est un puissant moteur, une source de dynamisme, un besoin profond.

Principe anthropique, ou pourquoi 7,82 millions de volts :

Depuis qu’il fait « des maths » et de la quantification, l’homme se questionne sur la beauté formelle ce celles-ci et sur l’extraordinaire enchaînement et ajustement des nombreux paramètres nécessaires pour faire ce monde tel que nous le connaissons. Rappelons quelques notions ;
> Les lois de la physique sont toutes basées sur des « Constantes » dites fondamentales. Ce sont des quantités qui n’ont pas d’explication (comme les postulats mathématiques) et qui sont considérées comme invariables dans le temps et l’espace. Cette situation est quelque peu inévitable : Puisque ces quantités n’ont pas d’explication on ne peut que les considérer comme « constantes » car on n’a aucun moyen d’imaginer qu’elle autre valeur elles pourraient avoir (cette stabilité supposée est aussi validé par le principe du rasoir d’Occam). Si par hasard des mesures montrent la variation d’une présumée constante dans le temps ou l’espace, une modification des théories de base va permettre de modéliser (donc d’expliquer) cette variation en utilisant de nouvelles Constantes. Donc retour à la case départ avec des quantités de nouveau constantes ! Cela ne marcherait pas si les constantes variaient « au hasard », mais alors nous quitterions le domaine de toute science possible.
> Ces constantes sont parfaitement « réglées » pour que le monde soit ce qu’il soit et pour que mon ordinateur ne plante pas toutes les cinq minutes. La variation d’un chouïa de l’une d’entre elles entraînerait une modification de l’univers telle que nous ne serions pas là pour en discuter. Quel miracle que mon ordinateur puisse fonctionner ! ? ! ?
> Donc si nous sommes là devant notre écran c’est que ces constantes ont toutes les « bonnes » valeurs. Il ne peut en être autrement. C’est le principe anthropique. Ce principe admet deux versions ; La version « laïque » qui dit simplement que tout évènement improbable est quand même « probable », et que le seul fait d’observer un évènement improbable nous montre que cet évènement s’est réalisé sans violer aucune loi. Par exemple si je tire un jeton numéroté dans un sac de gogol jetons je sors un n° alors que celui-ci n’avait qu’une chance sur gogol d’apparaître (rappel ; gogol = 10^100), ce qui est bien peu il faut l’avouer ! Puisque je l’observe, l’improbable est donc réalité et fait gagner certains au Loto ! La version « religieuse » du principe anthropique dit simplement que les constantes ont la valeur qu’elles ont parce que « Dieu l’a voulu », pour nous, si Dieu ne nous avait pas voulu il ne se serait pas emmerdé à calculer toutes ces constantes, ce qui a du être très compliqué. A noter que ces deux versions ne sont nullement incompatibles ni exclusives.

Et Feynman dans tout ça ? :

Richard était un pragmatique, il acceptait les principes dit « de Copenhague » avec une conviction très modérée. Il est en fait l’initiateur d’une vision plus « instrumentaliste », donc « causaliste ». On ressent dans son texte la croyance en une « explicabilité » globale du monde, une forme de « mécanisme », d'ailleurs très cohérente psychologiquement avec ses talents de calculateur ; puisque les lois qui le régissent sont universelles, immuables et connaissables, on peut tout expliquer au prix d’un peu de sueur intellectuelle. Sa vision d’une « chaîne » de causalité implique une continuité entre les notions et une calculabilité générale.
Cette vision a vécue, notamment avec les développements issus de la démonstration par Gödel en 1931 de « l’incomplétude » des mathématiques. Et surtout par la formalisation de la théorie du chaos dans les années 70 (donc après l’écriture du texte de Feynman) qui montre que, de fait, presque rien n’est calculable ! (même le mouvement de la terre autour du soleil est chaotique).
Dans la vision ; Les maths expliquent la physique qui explique la chimie qui explique la biologie qui explique la physiologie qui explique la psychologie qui explique la sociologie qui explique l’économie qui explique pourquoi mon ordinateur vaut 600 €, en fait le « qui explique » ne peut aboutir à aucune quantification précise, aucun calculateur ne pourra jamais le faire pour toutes précisions de calcul arbitrairement choisies. C’est un peu gênant scientifiquement parlant, en tous cas, ça laisse du champ aux devins et voyantes de toutes sortes, qui par effet placebo vont se montrer aussi « efficaces » que bien des calculs scientifiques…
Mais pour paraphraser Richard, en tenant les deux bouts au moins sommes nous sur de tenir le bon bout ! Voilà qui devrait faire plaisir à Claude.

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