Quand chat nous tiens...

dimanche 8 juillet 2007

Chat Percho 3 - Des cartes

Ma chronique vespérale :

Ce soir, Descartes va-t-il faire long feu ?

Claude, tu n’as pas tout à fait tort mais pas tout à fait raison non plus. Etonnant non ! Très systémique en tous cas.
Je vais compléter mon point de vue. Effectivement le verbal n’a pas toujours l’objectivité que l’on veut lui croire. Comme tes exemples le montrent, les mots sont multi-contenus et prennent un malin plaisir à brasser et mélanger les idées, au point qu’une analyse précise de leur signification demande souvent un effort de réflexion.

Réfléchissons sur un autre exemple ; la notion de couleur est scientifiquement très objective, la couleur s’analyse précisément comme un ensemble de longueurs d’ondes (la notion de « spectre » est aujourd’hui bien appréhendée par qui a un minimum de culture technique) et comme l’effet de ces longueurs d’onde sur les pigments de la rétine (notion que l’on retrouve dans la très utilisée quadrichromie). Et pourtant, au travers du langage, cette notion peut être « dévoyée » comme toutes les notions courantes et l’on peut ainsi parler de la prune NOIRE qui est ROUGE parce qu’elle est encore VERTE !

La notion de couleur est on le voit quelque peu polymorphe dans cette phrase, alors que sans analyse on peut penser que la couleur c’est simple et parfaitement objectif… Mais pour autant le langage est-il ou n’est-il pas cartésien ? En regardant de plus près, le NOIR est une caractéristique parfaitement cartésienne : Des spécialistes qui ne comptent pas pour des prunes (les systématiciens…) ont classifié cette espèce là et lui ont donné le nom de « Noire », sa couleur à maturité. Les yeux de tout un chacun (sauf les daltoniens peut-être) voient bien que cette prune est ROUGE, sa couleur à l’instant. D’un commun accord interpersonnel, pouvoir donner un nom de couleur aux choses n’est pas vraiment anti-cartésien. De plus la majorité d’entre nous connaît suffisamment la biologie pour savoir que les fruits ne naissent pas tout faits dans les choux mais passent par une phase de mûrissement. Notre regard cartésien va utiliser un mot pour représenter cette phase immuable de la nature, l’analyse de plusieurs fruits nous montrent que statistiquement les fruits non mûrs sont VERTS, nous utiliserons donc ce terme pour représenter un fruit en devenir comestible…

Allons donc, on ne trouve ici que du cartésien, mais diantre, que fait la police ? En fait c’est tout simple, nous avons fait une analyse globale « systémique » en étudiant les interactions entre différents cas cartésiens. Le cartésien ne va pas à l’encontre du systémisme, c’est ce dernier qui nous permet d’avoir une vision globale du patchwork cartésien. Fidèle au poste de la pensée linéaire je reste convaincu qu’elle est une base indispensable. Après, seulement, l’intelligence dépasse ce niveau pour s’essayer à une vision plus globale et pour s’intéresser au « système », interaction de nombreuses pièces, certaines pièces pouvant avoir des effets contraires.

Et pour faire « long feu », je te confirme que les mots sont sujets à « dérive » permanente puisque l’acception aujourd’hui habituelle pour cette expression diverge de sa signification originelle ; poudre qui brûle dans le fusil plutôt que d’exploser et fait donc « long feu », ça merdoie alors puisque la balle ne part pas ! L’expression devrait donc être plus proche de « pétard mouillé » que de « ça n’a pas duré » ou « ça a bien marché ». Mais, pour moi, ce « struggle for life » des mots, cette évolution permanente, n’est ni cartésienne, ni systémique, c’est un état de fait que l’on peut analyser au travers du regard de René comme au travers de celui d’Edgar, c’est juste une question de profondeur d’analyse… Et c'est un état de fait qui aboutit à des définitions à rallonge dans le dictionnaire pour les mots les plus utilisés.

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